NOTE DE LECTURE : G. E. LESSING, NATHAN LE SAGE (1779, 1991)
Cette pièce est destinée à dénouer le dramatique nœud des trois religions monothéistes. Ça se passe à Jérusalem sous Saladin, pendant une trêve à l’époque de la troisième croisade. Nathan, dont la richesse est légendaire, rentre d’une expédition commerciale. Pendant son absence, sa fille Recha a été sauvée du feu par un Templier gracié par Saladin pour sa ressemblance avec son frère mort au combat. Les deux jeunes gens s’éprennent l’un de l’autre et ils ne savent pas comment manager leur amour. Ils ne se doutent pas que Recha a été baptisée à l’insu de Nathan par sa nourrice qui ne savait pas qu’elle était née chrétienne et n’était que la fille adoptive de son maître. Finalement, paradoxalement, cette nourrice incarnerait l’intolérance religieuse : « Elle est obligée de tourmenter les autres par charité. » Le Templier ne sait quant à lui ce qu’il recherche ni à qui s’en remettre. Il rôde comme une âme en peine dans son bosquet. Dans sa forteresse, le Patriarche, représentant l’institution chrétienne reste inintéressant, servi par un frère qui, quoiqu’illettré, détient les clés de l’inextricable action. C’est une manière de mettre en théâtre une dispute religieuse qui remonterait à l’époque médiévale alors qu’on rivalisait de paraboles et d’arguments sur la péninsule ibérique. Elle se dénouerait dans une tolérance plus théâtrale que réelle puisque le Templier et Recha se révèlent frères et, plus mélodramatique, neveux de Saladin. C’est mal conclu, on ne voit pas la leçon. Sinon cette volonté de tolérance qui court la pièce.
On retient bien sûr la parabole des trois anneaux, reprise du Décameron de Boccace, que Nathan raconte à Saladin en réponse à sa question sur les liens entre les trois religions. Ne se décidant pas départager ses trois fils, qu’il aime dans une égale mesure, en léguant l’anneau ancestral à l’un d’eux, un père laisse trois anneaux sans préciser lequel est authentique. Ce serait convainquant si les juifs renonçaient à leur graine ou à leur tronc, l’islam à ses conquêtes et que le christianisme se délestait de ses dogmes ou les révisait. C’est encore le juge – Dieu ? – qui aurait la solution de cette dispute et celle-ci serait plus accablante que souriante : « Vous êtes donc tous trois des trompeurs trompés ! Aucune de vos bagues n’est authentique. » Lessing reprend la thèse de la religion de la nourrice plutôt que celle du déisme. Sans plus.
Ce n’est ni Shakespeare ni Goethe, c’est Lessing dont on connaît la légendaire liaison avec Moses Mendelssohn dont il admirait l’érudition et la sagesse, qu’il exhibait dans les salons et que le Templier caractérise de « loup juif en peau d’agneau philosophique ». On comprend l’engouement pour cette pièce qui se proposait de traiter de la dispute interreligieuse. Une longue tradition échouait sur les planches d’un théâtre qui tourne entre le palais de Saladin, la forteresse du Patriarche, le domicile de Nathan et le bosquet où erre le Templier. C’est l’occasion pour Lessing d’émailler les répliques de traits somme toute pertinents sur « les superstitions religieuses ». Se résolvant à l’enracinement de chacun dans sa religion, la tolérance consisterait prêter à la religion des autres ce que l’on présume de la sienne ou dans les termes de Nathan : « Ce qui me fait paraître chrétien à vos yeux vous fait juif aux miens. » La phrase la plus pertinente est encore mise dans la bouche du Templier : « Je vois bien que celui qui dit religion dit parti ; et celui qui se croit le plus libre de partialité, n’est, après tout, que le champion de son parti. » Il n’en conclut pas moins une de ses répliques par ces mots : « La superstition dans laquelle nous avons été élevés ne perd pas de son pouvoir sur nous, même alors que nous la reconnaissons. – Tous ceux qui se moquent de leurs chaînes ne sont pas libres. »
La haute tenue intellectuelle transparait dans des considérations annexes comme dans cet aveu de Recha : « Mon père n’aime pas trop l’érudition froide des livres, qui ne pénètre dans le cerveau que par des caractères morts. »
Photo ; Juif à Alger en 1890 ?
EMID Association
6, Shadal Street
POB 757, Tel Aviv
578613, Israel
The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.