ALBUM DU MONDE : LES BADAUDS DU CIEL
C'est une photo du magistral Axel Gabriel Soussan. Dans les années 90. Trente ans avant que les enfants et petits-enfants de ces personnages ne se rendent maîtres de Jérusalem et n'étendent son périmètre à de nouveaux cimetières et à de nouvelles banlieues. Ils sont là provisoirement, le temps de se recueillir dans le souvenir de leurs pères et de s'assurer une progéniture.
Depuis le temps qu'ils ne sont plus que des relais, ils ne vivent plus vraiment, et depuis le temps qu'ils étudient, ils ne savent ce qu'ils apprennent. Ils lisent les murs derrière lesquels ils se sont retranchés pour continuer de cultiver le leurre de vivre en ghetto dans un exil qui ne les quitte plus.
On leur dit que le Messie est venu, ils en rient, ils ne le reconnaissent pas. Ces gens-là ne sont pas des exaltés. Ils ne croient en rien. Ni en le monde qui s'étendrait au-delà de leurs murs ni en la mer qui borderait leurs litanies. En revanche, ils croient au monde à venir.
J'ai beau les regarder, je n'arrive pas à deviner ce qu'ils font sur cette photo. Ils assisteraient à une scène de rue. Un esclandre. Une arrestation. Une intrusion intempestive dans leur territoire. Celle du photographe.