ALBUM DU MONDE : LE MUR EN HAILLONS
C'est un mur-palimpseste où les relents de moisissure recouvrent la rouille de l'exil. On devine les gribouillis des braises sur les insomnies, les échos des prières déboutées, les noces scellées au henné, les langueurs des naissances, les points de suspension dans les débats talmudiques, les ânonnements des bambins scandant leur alphabet sur un air araméen, leurs litanies sur un air coranique, leurs cantiques sur un air ecclésiastique.
On ne restaurait pas les bâtisses pour ne pas chasser la présence des morts. Derrière leurs silences gisaient des histoires. Des lettres d'amour, des parchemins généalogiques, des bribes de la mystique de l'océan et du vent. Une maison sans mystères, sans recoins, sans puits, même sec, ne serait qu'une sordide suite d'hôtel.
Sur cette photo, les murs se résigneraient à l'amnésie pour mieux se laisser abattre, à moins qu'ils n'attendent un miraculeux ravalement. Une résurrection des morts, un retour des émigrés, l'emménagement d'une nouvelle communauté de rêveurs.