ALBUM DU MONDE : LE COLLOQUE DU CIMETIERE

C'est la haie d'honneur des morts, chargée de la chronique nécrologique de Marrakech. Dans l'attente d'un visiteur, d'un cortège mortuaire, d'une libation funéraire. Ils ne franchissent pas la porte, ils attendraient la convocation au quorum du kaddish. Ils sont peut-être aveugles, peut-être sourds, peut-être diminués. Ce sont les derniers gardiens d'un exil qui échouait au cimetière d'où l'on gagnait le ciel. L'un a le voile à pois des sages marocains, l'autre un capuchon sur le visage, les autres des calottes. On n'entrait pas sans leur verser une aumône, on n'en sortait pas sans verser une aumône. Ils se postaient tous les jours devant la mort. Dans l'attente de rallier la légende de cette photo.

On souhaite entendre les palabres entre eux. Elles seraient de rudiments de religion et de philosophie. Les plus banals, les plus vrais. D'une manière ou d'une autre, ils morigéneraient les morts en guise de condoléances.

C'étaient des figurants dans une distribution divine dont le producteur ne se décidait pas à reprendre le tournage parce qu'il ne savait quel dénouement donner à cette histoire de gloire et de déchéance, de promesses et de malentendus, qui piétinait depuis deux mille ans au seuil d'un cimetière.

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