ALBUM DU MONDE : LA SYNAGOGUE DU SOUVENIR
Elle résonne des liturgies séfarades pour raconter l'histoire d'amour d'Esther et de son mari Simon Attias trouvé mort à Grand Bassa au Libéria par les routes des achats et des ventes. Esther décide d'immortaliser son souvenir en érigeant à Mogador une synagogue qui porterait son nom. Elle ne lésine pas sur les moyens, loue les services d'un architecte de Manchester qui reproduit dans ses grandes lignes la synagogue de cette ville. Esther commande un mobilier du meilleur bois. Elle souhaite adopter la liturgie hispano-portugaise qui dominait dans la péninsule au XVe siècle avant l'expulsion des juifs d'Espagne (1492).
La voix de mon père ne dominait le service du vendredi soir dans sa propre synagogue que pour l'accélérer, le conclure au plus vite et se livrer à la tournée des plus prestigieuses synagogues de la ville pour avoir son content de Cantiques et de Poèmes. La synagogue Attias présentait alors les couleurs kabbalistiques de la ville. L'or des délices et des soupirs ; le bleu du ciel et de la tendresse ; le mauve de la sagesse et de l'ennui.
Je sens ma main dans celle de mon père qui me presse de réunir un quorum pour le ressusciter. J'ai beau courir les rues pour le réunir et lire le kaddish, il n'est plus dix juifs dans la ville. C'était avant leur aménagement en Bayt Dakira.