ALBUM DU MONDE : LA SAGA DU MÉTRO

C'était le métro de mon adolescence. Les wagons avaient les couleurs de l'école, violets pour les élèves du commun, rouges pour les premiers de classe. Une ouvreuse, plus âgée que jeune, poinçonnait votre ticket. Les places étaient peut-être convoitées, réservées aux proches de l'on ne savait quels maîtres du monstre qui courait les entrailles de Paris. Elles n'étaient pas tant malheureuses puisqu'elles étaient postées aux seuils entre le monde du dessus et celui du dessous. Serge Gainsbourg chantait alors « Le Poinçonneur des Lilas ».

Les lignes étaient interminables, les roues tournaient comme des rotatives, les portes claquaient sur le regret de n'avoir pas noué un brin de conversation avec une passagère ou un clochard. La fermeture des portes restituait le claquement d'une guillotine qui serait descendue dans la clandestinité de ces canalisations pour humains.

On se contentait du chapelet des stations dont on se promettait vainement d'enquêter sur les noms, ne serait-ce que pour reconstituer cette saga du métro parisien dont même Benjamin ne nous aura laissé que des notes dans son livre des « Passages de Paris ».

Désormais, le métro est un lieu où les yeux se démettent de leurs regards. Aux heures de pointe, pressés les uns contre les autres, ils s'évitent. Ils se croisent sans se reconnaître, se dévisagent sans sourire, se désirent sans se l'avouer.

Ces dernières années, on ne recule devant rien pour distraire les usagers. Le harcèlement publicitaire de rigueur s'accompagne de compensations poétiques, une belle créature par-ci, une bonne promesse par-là.

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