ALBUM DU MONDE : LA RETRAITE DES CHATS

Ce sont les mouettes et les goélands qui nous ont chassés de la ville. On ne peut plus roder dans les rues sans être agressés par eux, se risquer sur les places sans s'exposer à leurs assauts. Ils nous disputent les restes et les détritus. On ne résiste plus, on ne peut rien contre eux, ils présentent l'avantage d'avoir des ailes. On n'a pas tôt sauté sur l'un d'eux qu'ils sont une cohorte à nous encercler, ils fondent sur nous et plantent leurs becs dans notre pelage. Nous n'avons d'autre choix que de paresser derrière la muraille, à l'abri de leurs rires et de leurs pleurs. Leur chahut est une véritable torture pour des créatures si silencieuses que, pour reprendre le poète, on nous entend à peine quand nous miaulons.

Malheureusement, nous ne sommes plus « l'esprit familier » des lieux, ni « amis de la science et de la volupté » ni « coursiers funèbres ». Nous avons été chassés par de vulgaires chapardeurs. De Baudelaire même, il ne reste que des souvenirs navrés dans des vers creux.

Depuis que ces oiseaux-voyous ont investi la presqu'île nous ne sommes même plus considérés comme ses dératiseurs. On ne s'entend désormais qu'à poétiser en chœur quand les lieux ne sont pas occupés par les clochards de l'Océan qui passent pour nos compagnons de misère.

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