ALBUM DU MONDE : KAFKA A MARIENBAD
Kafka était peut-être dans les parages de cette photo. Jiří Dov (Georg) Mordechai Langer, né à Prague en 1894, un proche de Max Brod, qui sera désigné comme l'exécuteur testamentaire de Kafka, était membre de la secte hassidique de Belz. On s'accorde à reconnaître en lui l'un des initiateurs de Kafka au judaïsme. Il lui enseigna l'hébreu, retraça pour lui les courants du hassidisme, illustrant ses cours de récits, l'entraîna à des cérémonies hassidiques dans la banlieue de Prague.
En juillet 1916, le rabbin de Belz est en villégiature à Marienbad avec nombre de ses disciples et Langer introduit Kafka dans son cercle rapproché. Son témoignage serait davantage celui d'un funambule que d'un anthropologue. Il accompagne le rabbin – le suit pour être plus précis – dans sa promenade du soir. C'est un homme corpulent, avec une belle barbe blanche et des mèches « extraordinairement longues ».
Kafka a cette phrase qui constitue à mon sens l'un des sésames les plus importants à son œuvre : « Langer cherche ou pressent dans tout cela un sens plus profond, je sens que le sens plus profond est justement que ce sens fait défaut, et c'est à mon avis bien suffisant. »
Langer consacra une de ses dernières élégies à Kafka, célébrant l'union d'une âme pure avec le Ein Sof – l'In-fini – de la divinité.